La (dramatique) situation de l'emploi...et des chômeurs

Plus de 150.000 personnes se sont inscrites à Pôle Emploi en 2011, soit l’équivalent d’une ville comme Grenoble. Sans faire du catastrophisme, les prévisions ne sont pas bonnes. L’UNEDIC prévoit que la France passera le cap des 3 millions de chômeurs en 2012. Et pour l’OFCE (Observatoire français des conjonctures économiques), le taux de chômage pourrait quant à lui atteindre les 10,7% au cours de l’année 2012.



Ces chiffres montrent qu’au-delà des mesures immédiates nécessaires pour répondre à l’urgence, il est impératif de prendre des dispositions pour relancer l’économie à moyen terme. « Ne pas baisser les bras » et « ne jamais dire qu’on a tout essayé », face à ces chiffres “qui ne sont pas bons”. Chiche Monsieur le Premier Ministre.

Avec + 5,4% de demandeurs d’emploi sur un an, « l’amélioration de la situation avec une baisse tendancielle de l’augmentation du nombre de chômeurs » (dixit le Chef de l’État)  relève de la sémantique ou du mensonge.
  La situation de l’emploi est donc très préoccupante.

Les jeunes voient leur avenir s’assombrir. Le nombre de demandeurs d’emploi de moins de 25 ans augmente de 2,5% en un an. Ils sont passés de 628 000 en décembre 2010 à 643 500 en décembre 2011.

  • C’est parmi les plus de 50 ans, que le chômage a le plus progressé. Les seniors continuent de trinquer avec une inexorable augmentation (+15,5% sur un an). Ils sont passés de 755 700 en décembre 2010 à 872 700 en décembre 2011.
  • Entre les deux, le chômage des 25/49 ans, lui non plus, ne s’améliore pas puisqu’au total il augmente de 3,5% sur 1 an. Ainsi leur nombre est passé de 2 661 800 en décembre 2010 à 2 754 500 en décembre 2011.

  L’augmentation du chômage fait exploser la durée moyenne d’inscriptions. Les demandeurs d’emploi  des catégories A, B, C restent en moyenne 250 jours inscrits à Pôle Emploi, elle était de 228 jours en décembre 2010.

Or « Le chômage de longue durée est lourd de conséquences. Sur le plan individuel, il engendre des risques importants de distanciation vis-à-vis du marché du travail et de déqualification, de perte d’estime de soi, de découragement, de dilution des repères, de rétrécissement des liens sociaux et de repli sur soi, de pauvreté. Sur le plan social, il nuit à la cohésion sociale en excluant une partie de la population de l’un des plus puissants vecteurs d’intégration : le travail. Sur le plan économique, il constitue un véritable fléau : il prive l’économie d’une part de ses ressources, transforme le chômage conjoncturel en un chômage de type structurel, beaucoup plus difficile à résorber, induit des pertes de compétences qui limitent la croissance potentielle ultérieure. Il pèse aussi durablement sur les finances publiques. Enfin, plus généralement, il met en échec le Préambule de la Constitution de 1946 (auquel renvoie la Constitution de 1958) aux termes duquel « chacun a le devoir de travailler et le droit d’obtenir un emploi » (Rapport du COE – 1-12-2011).

La part des chômeurs indemnisés (hors allocation de formation) (catégories A, B, C, D, E) augmente, elle passe de 48,1% en décembre 2010 à   49,6% en décembre 2011.

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Pour les chômeurs français, la situation risque de ne pas s’améliorer de sitôt. Et pourrait même s’aggraver.

Obliger les chômeurs à se former aux métiers en tension et à accepter « la première offre d’emploi correspondant au métier pour lequel ils auraont été formés » ! En proposant ce tour de vis dans le système d’indemnisation du chômage (couplé à une réforme de la formation professionnelle repensant l’utilisation des 30 milliards d’euros dépensés annuellement), Nicolas Sarkozy prescrit « une forme de révolution ». Un changement tel que le président-candidat envisage (si les partenaires sociaux gestionnaires de l’assurance chômage n’arrivent pas à un consensus) un référendum « sur ce système d’indemnisation du chômage et sur la façon dont on doit considérer le travail et l’assistanat ». Il préconise un régime où « l’indemnisation ne sera pas une allocation, que l’on touche passivement, mais la rémunération que le service public de l’emploi versera à chaque demandeur d’emploi en contrepartie de la formation qu’il devra suivre », reprenant une vision du chômage qui oppose logique d’assistance et logique de responsabilité.

Faut-il rappeler que notre système d’indemnisation du chômage repose sur une logique assurantielle, et non de solidarité du contribuable ? Le salarié qui perd son emploi ne peut prétendre à une allocation de chômage que s’il a travaillé – et cotisé – quatre mois sur une période de vingt-huit mois. C’est peu et généreux : la France est le pays de l’OCDE où l’accès à l’assurance chômage est le plus facile. Mais, en contrepartie, rappelle le Centre d’analyse stratégique (CAS), le régime tricolore propose la durée minimale d’indemnisation la plus courte : quatre mois, contre neuf en moyenne. Quant au taux de remplacement net, élevé au début de la période de chômage (67 %), il s’effondre après deux ans, lorsque la prise en charge des chômeurs est transférée sur les revenus minimaux financés par l’État. Au total, a calculé le CAS, « 40 % des demandeurs d’emploi n’étaient pas indemnisés » en 2010 et plus du tiers des « indemnisés » vivaient au-dessous du seuil de pauvreté en 2008 (environ 950 euros par mois pour une personne seule). Un nombre qui s’est accru, logiquement, avec l’explosion du chômage de longue durée sous le quinquennat de Nicolas Sarkozy.

Contrairement à ce que ce dernier suggère, les chômeurs ne sont pas exempts de « devoirs », à commencer par l’obligation de rechercher activement un emploi sous peine d’être radiés (10 924 cas en 2010). Depuis 2008, leurs obligations ont été renforcées. Impossible de refuser, sans motif « légitime », deux offres « raisonnables » d’emploi correspondant à leur projet au risque, sinon, d’être rayés des listes (1 355 cas en 2010). Et ils doivent réduire leurs prétentions salariales et géographiques après trois, six et douze mois de chômage