Le fort taux d’abstention est malheureusement préjudiciable à l’ensemble des organisations syndicales. En effet, quel crédit accorder à une représentativité basée sur si peu de suffrages ?

Cet état de fait peut s’expliquer par le report du scrutin. Il est bon de rappeler que, initialement prévu fin novembre, celui-ci a été reporté d’un mois suite à un recours stupide de la CGT contre le STC (cette organisation, certes majoritaire en Corse, représente 1,07 % au niveau national). Entre la confusion créée par ce recours, et la période d’après fêtes peu propice à une dynamique électorale, toutes les conditions étaient réunies pour torpiller cette élection.

Mais cette défection d’une très large majorité des 4,5 millions salarié.e.s des TPE peut s’expliquer également par l’image qu’ils et elles ont du syndicalisme en France. N’oublions pas que ces élections se sont déroulées dans la foulée d’une année marquée par la mobilisation de certaines organisations contre la loi travail, marquée également par l’affaire dite “de la chemise”, à Air France.

Hors, cette image d’un syndicalisme d’opposition, pouvant parfois laisser libre court à des violences, est foncièrement et très largement rejetée par ces femmes et ces hommes, qui sont habitués à une confrontation directe avec leur employeur, à régler (ou pas) leur problèmes professionnels dans une situation de face-à-face. Pour eux, le monde syndical peut déjà représenter quelque chose de totalement étranger. Et ces salarié.e.s ne peuvent certainement pas se reconnaître dans des mouvements contestataires, voués de plus en plus à l’échec.

Dans ce contexte donc, tout le monde a laissé des plumes. Les plus gros, à commencer par la CGT, et les plus petits, comme Solidaires. Ces deux organisations, considérées comme les plus contestataires, payent probablement un rejet largement partagé de leur positionnement syndical. C’est le cas de FO également, que l’UNSA réussit à dépasser par endroits, à talonner partout, et qui voit sa représentativité se réduire comme peau de chagrin. Les réformistes n’ont pas forcément profité la situation, à l’image de la CFTC, qui continue à reculer. Seule la CFE-CGC, chez les cadres, tire son épingle du jeu.

Et l’UNSA… Qui, grâce à ce scrutin, se retrouve à jouer dans la cour des grands. L’UNSA, qui du jour au lendemain se retrouve à faire la une des journaux.

Ce tour de force, attendu depuis longtemps mais inespéré dans son ampleur, va rejaillir sur tous les syndicats, toutes les sections syndicales affiliés. Avec ce résultat, l’UNSA est entré dans une dynamique qui, nous l’espérons, verra sa concrétisation avec la mesure de représentativité qui sera annoncée le 31 mars prochain. Mais, quel que soit le niveau qui sera le nôtre à cette date, ces élections TPE auront permis de changer totalement le regard porté sur notre organisation. Et, dans la foulée, il y a fort à parier que les résultats électoraux à venir vont s’en ressentir, et les adhésions et affiliations se démultiplier.

Mais cette image favorable, n’oublions jamais que nous la devons à ce que nous sommes. Des femmes et des hommes de terrain qui, en toute modestie, ne cherchent qu’une chose : défendre et améliorer les conditions de travail des salarié.e.s par un dialogue constant et constructif, tant avec elles et eux qu’avec leurs employeurs, partenaires indispensables, incontournables dans une démocratie sociale effective et efficace.

C’est le message que toutes celles et tous ceux qui ont participé à cette longue campagne électorale ont voulu faire passer. Et je remercie infiniment toutes ces militantes, tous ces militants qui ont donné de leur temps, parfois un peu, parfois beaucoup, parfois sous la pluie, parfois en pleine canicule, contribuant ainsi à cette immense réussite collective.

Et surtout, ne relâchons pas nos efforts et entretenons la dynamique. En décembre 2018, c’est dans le cadre des élections dans la Fonction publique qu’il faudra relever le défi.

Quant aux salarié.e.s des TPE, il ne faudra pas, une fois les élections passées, les laisser tomber jusqu’en 2020. Il faudra continuer, comme nous l’avons fait durant la période précédente, à aller à leur rencontre, leur montrant ainsi que l’UNSA est toujours un syndicat 100 % différent.

Gilles PROU-GAILLARD
Secrétaire général UNSA13